Quand on s’occupe de l’animal, mais pas de l’humain
Par Yves Babin, proche aidant
Quand une personne apporte un animal à la SPCA, elle peut compter sur un organisme qui agit. On ne se contente pas d’évaluer ou de juger le comportement du propriétaire. On s’occupe de l’animal, avec bienveillance, en cherchant à comprendre la souffrance qu’il porte.
Mais dans notre réseau de la santé, c’est une autre histoire. Lorsqu’un proche aidant accompagne un être humain malade — souvent atteint d’Alzheimer, incapable de parler pour lui-même —, le système ne s’occupe pas de celui ou celle qui soutient. Le proche aidant devient invisible.
Pourtant, la personne malade dépend entièrement de lui. Et lui dépend du regard, de l’écoute et de l’accueil du système. Quand ce lien de reconnaissance est brisé, c’est toute la chaîne du soin qui s’effondre.
Le système des soins de santé, imbu de lui-même, s’est enfermé dans son propre pouvoir. Il se parle à lui-même, il se félicite, il se protège. Il gère des structures, pas des humains. Il produit des protocoles, pas de la compassion.
Et les organismes censés venir en aide aux proches aidants se justifient d’exister, mais n’interviennent jamais. Ils distribuent des brochures, organisent des campagnes, mais restent absents au moment où la détresse frappe à la porte.
Je l’ai vécu. J’ai fait confiance au système. Et cette confiance a été trahie, du début à la fin.
Ce que je dénonce aujourd’hui, ce n’est pas seulement une faille administrative : c’est une perte d’humanité. Tant qu’on ne reconnaîtra pas la valeur du proche aidant, on continuera à briser ceux qui, par amour, portent sur leurs épaules tout un système devenu sourd à la souffrance.
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